Caricaturistes actuels : KYR par Anna Assaryotakis

KYR (Yannis Kyriakopoulos) est né à Athènes en 1937 de parents immigrés d’Asie Mineure (Smyrne). De 1954 à 1958, il a fait des études à l’Ecole des Beaux-Arts de Turin et de Rome. En 1957, il a collaboré à la revue satirique italienne Il Travaso et au journal Il Corriere della Sera, sous le pseudonyme de KiRiA.

En 1961, de retour en Grèce, il est employé comme caricaturiste politique au quotidien Messimvrini, où la directrice Eléni Vlachou lui donne le pseudonyme de KYR. Il y a travaillé de sa fondation jusqu’à sa mise au pas par les colonels (1967). En 1966, la revue Elefthérotypia lui décerne le deuxième prix du meilleur caricaturiste grec pour l’ensemble de son œuvre (le premier étant décerné à Fokion Dimitriadis, voir article « Deux siècles de Caricature grecque »). KYR a alors commencé à publier dans le magazine Eikones la bande dessinée Odyssée, une allégorie de la dictature. Cette bande dessinée fut l’un de ses plus grands succès. En raison de la censure, Kyr prit alors le nom de « Mac Pappas » – pseudonyme qui fait évidemment allusion aux noms des colonels : Mac-arésos, Pap-adopoulos, Pa-ttakos – pour envoyer ses dessins illégaux à des journaux grecs paraissant à Londres.

De 1968-1984, il a collaboré au magazine Epikaira pour la « La guerre de Troie inédite », suite en quelque sorte de l’Odyssée. En 1975, il a commencé à dessiner pour le quotidien Elefthérotypia, cette collaboration ininterrompue continue encore aujourd’hui (2010) et dure donc depuis 35 ans. Il a reçu différents prix : Le premier prix de l’exposition internationale « Antifascisme » à Athènes où l’on trouve, exposées pour la première fois, les caricatures censurées de Mac Pappas; deux prix de la Fondation Botsis (1976, 1984), le premier Prix International de la Caricature, à Montréal (3000 caricaturistes) pour sa caricature « La prison », voir p. 14. En 1984, toujours à Montréal, il reçoit le troisième prix.

En 2005 les œuvres de KYR, Mitropoulos et Plantu sont présentées au Palais de Musique d’Athènes. Ses œuvres sont par ailleurs exposées au Musée de la Caricature de Bâle, de Bulgarie et de Grèce.

 

ALBUMS

Μπιζ, (Αθήνα, Κάκτος, 1973), Βiz, éd. Kaktos, 1973.
Ολέ, (Αθήνα, Κάκτος, 1974), Olé, éd. Kaktos, 1974.
Πόρταααα, (Αθήνα, Κάκτος, 1975), La pooorte, éd. Kaktos, 1975.
Ωχ, (Αθήνα, Κάκτος, 1976), Aϊe, éd. Kaktos, 1976.
Πυρ, (Αθήνα, Κάκτος, 1977), Au feu, éd. Kaktos, 1977.
Τζιζ, (Αθήνα, Κάκτος, 1978), Tziz, éd. Kaktos, 1978.
Μη, (Αθήνα, Κάκτος,1979), Touche pas, éd. Kaktos, 1979.
Αν, (Αθήνα, Κάκτος, 1980), Si, éd. Kaktos, 1980.
Θα, (Αθήνα, Κάκτος, 1981), On va…, éd. Kaktos, 1981.
Αλλαγή. Μ’Aκούς; (Αθήνα, Κάκτος, 1982), Ça a changé. Tu m’entends?, éd. Kaktos, 1982.
Καστρί Ενταύθα, (Αθήνα, Κάκτος, 1983), Kastri, éd.Kaktos, 1983.
Η χώρα του Ανατέλλοντος Ηλίου, (Αθήνα, Κάκτος, 1984), Le pays du Soleil Levant, éd. Kaktos, 1984.
Για ακόμη καλύτερες νύχτες, (Αθήνα, Κάκτος, 1985), Pour des nuits meilleures, éd.Kaktos, 1985.
Ελούντα καλεί αστέρα, over, (Αθήνα, Κάκτος, 1986), Elounta appelle Astéras, over, éd. Kaktos, 1986.
Είμαι βαθύτατα ερωτευμένος, (Αθήνα, Κάκτος, 1988), Suis profondément amoureux, éd. Kaktos, 1988.
Η Ελλάδα είναι ελληνική (Αθήνα, Κάκτος, 1989), La Grèce est grecque, éd. Kaktos, 1989.
30 χρόνια ανθρωπάκια, (Αθήνα, Κάκτος, 1994), 30 années de petits bonhommes, éd. Kaktos, 1994.
23 χρόνια και 69 μέρες… Σατυρικό αρχείο, Τόμος 1, Από τη μεταπαπανδρεϊκή περίοδο μέχρι την ανάληψη των Ολυμπιακών Αγώνων, (Αθήνα, Καστανιώτης, 1997), 23 ans et 69 jours…Archives satiriques, Tome 1, De la période après Papandréou aux Jeux Olympiques, éd. Kastaniotis, 1997.
Ημερολόγιa 1999-2006, Αθήνα, Καστανιώτης, Calendriers 1999-2006, éd. Kastaniotis.

 

INTERVIEW

– Derrière votre dos, M. Kyriakopoulos, tout un mur couvert de dessins vous représentant. Qui les a réalisés?

– Ce sont des œuvres de mes collègues, Mitropoulos, Dimitriadis, Arkas, Argyrakis …, mais aussi de Wolinski et de Plantu.

– Cela vous étonne qu’une université en France fasse entrer la caricature par la grande porte?

– Cela me fait plaisir qu’on traite de l’humour qui est un élément constitutif de la vie. Pendant la guerre ou la dictature, l’humour a toujours été une arme indirecte.

– Vos personnages, d’ après vos propres termes, sont inspirés du théâtre d’ombres de karagheuz, c.à.d. qu ils en ont la même posture, de profil, et parlent entre eux exactement comme les figurines que le joueur de Karagheuz fait bouger derrière le paravent.

– Oui, c’est vrai. Petit, deux choses m’ont marqué : Karagheuz et Disney, pour le dessin, avec les lignes fermées. Plus tard, étudiant en Italie, à l’Ecole des Beaux-Arts, j’ai découvert Saul Steinberg, cet immigré roumain qui travaillait pour le New Yorker : son dessin sobre n’avait rien à voir avec le style classique de l’époque, il était d’avant-garde! Je me suis dit que c’était ça que je voulais faire dans ma vie.

– Parlez-moi de vos personnages.

– Les personnages forment comme une troupe de comédiens, ce sont des types hellènes (avec moustaches etc.) de la vie quotidienne : la mémé de province avec son fichu, l’intellectuel, l’étudiant, le retraité. En fait, j’aurais aimé présenter des gens qui parlent dans un café traditionnel mais, finalement, je n’ai pas gardé cette idée afin de pouvoir montrer aussi les femmes (qui, d’habitude, ne fréquentent pas ce genre de cafés).

– Ce sont des archétypes en quelque sorte? Comme le personnage avec le costume traditionnel, le Grec-type?

– Oui, ce personnage c’est le peuple grec.

-Pourquoi le lecteur, avant même de lire le journal, se précipite-t-il sur la caricature du jour?

– Parce que c’est simple et facile à lire, comparé à un grand article d’analyse, et que cela procure du plaisir. L’ancien Premier Ministre K. Mitsotakis disait toujours qu’il regardait les caricatures, chaque matin, pour savoir quelles étaient les omissions de son gouvernement. Le travail du caricaturiste, c’est de saisir la plainte du peuple et de la jeter à la tête du pouvoir; ainsi, si le prix du pain augmente, il va transmettre le message et ce message sera amplifié parce qu’il sera accueilli les bras ouverts. Maintenant, est-ce que le dessin suscitera le rire?, je ne sais pas, ce n’est pas le but. Il peut y avoir un sourire ou un certain plaisir caché. Je suis étonné de voir des gens ayant le même niveau culturel avoir parfois une opinion opposée par rapport à mes caricatures; l’humeur du moment doit jouer aussi.

– Est-ce que vous vous amusez vous-même en créant?

– Non, je ne m’amuse pas en créant mes caricatures, mais quand je fais une bonne trouvaille, je me sens heureux comme si j avais gagné le gros lot!

-Vous utilisez rarement la couleur, n’est-ce pas?

– Je n’aime pas la couleur car elle me rappelle les magazines du passé, ce qui m’intéresse surtout, c’est la légende.

– Parlez-moi de votre «Odyssée » pendant la dictature.

– L’Odyssée était une BD qui paraissait dans le magazine hebdomadaire Eikones : c’était une allégorie pour parler de la dictature : Ulysse essaie de libérer Ithaque qui est occupée. Chaque semaine, il y avait un nouvel épisode : Circé, les Lotophages etc. Aujourd’hui cette série serait incompréhensible, moi-même j’ai du mal à la comprendre maintenant, car il me manque les détails de l’actualité de l’époque à partir desquels étaient bâties les allusions et donc les légendes. En 1969, la censure en a interdit la publication, mais un ou deux ans après on a eu la permission de publier la bande dessinée sans passer par le comité de censure, mais en en assumant l’entière responsabilité, ce qui revenait au même! J’avais alors 30 ans.

– La situation politico-sociale de la Grèce vous inspire-t-elle pour travailler?

– C’est le paradis du caricaturiste! Je remercie dieu de ne pas être né en Finlande, par exemple!

– Je trouve très moderne et très drôle aussi le fait de voir un personnage prendre des distances avec son rôle et s’adresser au lecteur en sortant de l’histoire en affirmant par exemple : « C’est la dernière fois que je joue le rôle de cocu dans une caricature « . Il en est de même quand vous dites, à l’intérieur d’une page de BD : « et voilà que, dans la panique générale, apparaît… » et que vous présentez un personnage qui n’a rien à voir avec l’histoire racontée, un intrus, un élément qui fait diversion; c’est très drôle, car inattendu. C’est libérateur aussi, car cela nous fait sortir de la logique de l’histoire, qui est déjà une logique de l’absurde, en nous faisant enter dans un deuxième absurde, c’est-à-dire que nous avons une histoire dans l’ histoire et un absurde dans l’ absurde. C’est le principe des poupées russes.

– KYR me regarde en souriant. Il semble un peu surpris, mais en vient à parler de l’Odyssée, où, pendant la dictature, quand il y avait une grève par exemple, il présentait les héros de la BD inactifs, car ils faisaient la grève aussi!


KYR, 30 ANNEES DE PETITS BONHOMMES

1. SOCIETE



-Je ne crois en rien, je n’espère rien, je suis Grec.
(Parodie de la citation de N. Kazantzakis gravée sur son tombeau: « Je ne crois en rien, je n’espère rien, je suis libre »).

 

LES « CYCLES » DE LA VIE.


 

-Quand viendront des jours meilleurs?
-Répétez la question!
-Quand viendront des jours meilleurs?
-Quels jours?
-Les jours qu’on nous a promis.
-Tu crois aux jours meilleurs?
-Oui!
-C-O-N-N-A-R-D!

 

-La Grèce appartient aux Grecs.
-Elle n’avait qu’à faire attention…

 

-Papa, je constate que je vis dans un pays qui n’a pas de futur
-Plus tard, tu constateras qu’il n’a ni présent, ni imparfait, ni passé composé, ni plus-que-parfait!

 

2. ECOLOGIE

PRISON : (Premier prix de la caricature, Montréal , 1981).

 

-Et alors, le petit chaperon rouge, pénètre dans la forêt et…tout à coup, elle voit…le loup…
-Mamie, c’est quoi une forêt?

 

 

-Ton argent ou ta vie!
-Quel argent?
……………..
……………..
……………..
-Quelle vie?

 

« L’ATHENIEN VIT DANS LE CIMENT MAIS MEURT DANS LA VERDURE ».

 

-Mais oui, Marie, je sais, c’est impensable, mais on finira bien par trouver un ministre qui va régler tout ça!

 

3.RELIGION

-C’est une fille!!!

-On est en retard.

 

ARCHE DE NOE
-Qu’est-ce que tu paries qu’il va pleuvoir?

 

 

BONNES PACQUES
-CONDUCTEURS, NE ROULEZ PAS VITE!
-IL N’Y A QUE LE CHRIST QUI VA RESSUSCITER!

 

4.CONSOMMATION

VEDI, VIDI, VICI.

-Ici on arrête votre rêve pour faire place à la publicité et tout de suite après il sera de nouveau avec vous.

 

5.LES SUICIDAIRES

6.POLITIQUE

-Ça ne va plus! L’état grec c’est un bordel!
-N’exagérons pas…tu appelles la Grèce un état?

 

-Ça a l’air simple, comme ça, mais c’est vachement difficile, en fait! Tu sais quel travail et quel savoir sont exigés dans ce pays pour que RIEN NE FONCTIONNE!

 

7.DISTANCIATION

 

-Bon…je dis pas…elles sont pas mal les caricatures rondes…mais très incommodes, nom d’une pipe…

-Tu es insatiable ma parole! Tu couches même avec le caricaturiste maintenant!

-Vous avez bientôt fini Monsieur Kyriakopoulos (KYR)?

 

8.L’ODYSSEE

Une page de l’Odyssée où Kyr inaugure sont style composé de mots hybrides, idéographique -iconographiques, jargon spécifique subversif, provoquant le statu quo (langage-politique) et qui constitue sa signature.