Marionnettes et pouvoir


Appel à communications pour un colloque International
Marionnettes et pouvoir: Censures, propagandes, résistances (XIXe-XXIe siècles)

20-22 novembre 2014 Charleville-Mézières
Date limite: 30 janvier

 INSTITUT INTERNATIONAL DE LA MARIONNETTE
7 place Winston Churchill – 08000 Charleville-Mézières – France
Tél. +33 (0)3 24 33 72 50 – Fax +33 (0)3 24 33 72 69
institut@marionnette.com – www.marionnette.com

Ce colloque international s’enracine dans un triple constat. Celui d’une carence d’études
historiques, sociales et politiques dédiées aux théâtres de marionnettes1, tout d’abord. Celui,
ensuite, du lien étroit qui lie la marionnette au pouvoir dans les représentations et imaginaires
collectifs, qu’elle soit revendiquée comme ontologiquement subversive par les marionnettistes euxmêmes,
utilisée comme métaphore d’une humanité vaine et manipulable dans le langage courant
et dans les médias, ou encore, dotée d’une innocuité de principe lorsqu’elle est ravalée au rang de
divertissement parfaitement naïf et inoffensif pour l’enfance. Ainsi, envisagée du point de vue de
ses pouvoirs ou de ses rapports aux pouvoirs, la marionnette apparaît au carrefour de conceptions
et d’imageries dont la prégnance, toutefois, n’a d’égale que la dimension contradictoire, du moins
paradoxale. Enfin, il s’avère que l’actualité de la création marionnettique offre depuis quelques
années une foule d’exemples témoignant de la vitalité d’une veine satirique voire d’un théâtre
d’agit-prop (on pense par exemple à l’émission Top Goon, histoires d’un petit dictateur du collectif
syrien MasasitMati), tandis que la numérisation ou l’ouverture d’archives longtemps protégées
donne matière à de nouvelles recherches.

Trois années de journées d’étude et de séminaires ont permis, depuis novembre 2011, un premier
défrichage de ces questions, à travers l’examen successif des relations qu’entretiennent les
spectacles de marionnettes aux formes de censure, de propagande, de résistance2. Dans le cadre
de ce colloque, qui réunira chercheurs et artistes, il s’agira de mobiliser conjointement ces trois
notions afin de questionner les relations que, du XIXe siècle à aujourd’hui, les théâtres de
marionnettes ont entretenu avec le pouvoir (politique, juridique, économique, religieux etc.), en
prenant acte des apports de la méthode foucaldienne pour ne pas se limiter aux approches
idéologiques : « le pouvoir n’est pas quelque chose qui s’acquiert, s’arrache ou se partage, quelque
chose qu’on garde ou qu’on laisse échapper ; le pouvoir s’exerce à partir de points innombrables,
et dans le jeu de relations inégalitaires et mobiles3 ».
À la faveur d’un travail approfondi et contextualisé sur les répertoires, les techniques, les
esthétiques et les pratiques, les communications s’attacheront à identifier les composantes et les
dynamiques de ces jeux et enjeux de pouvoir.

1 Par théâtres de marionnettes, nous entendons toute manifestation recourant à l’animation d’objets
(marionnettes, silhouettes, objets manufacturés, ombres, images) devant une assemblée spectatrice.

2 Ce cycle de recherche, impulsé par la BnF et THEMAA, en partenariat avec le Clastic Théâtre et l’IIM, a donné
lieu à deux séminaires et cinq manifestations. Trois dans le cadre des « Journées professionnelles de Clichy »
(François Lazaro, Didier Plassard dir.) : 1) « Marionnette et censure » (3-4 février 2012). 2) « Marionnette /
Commande, communication, propagande » (1er février 2013). 3) « Marionnette / Résistance(s) (1er février
2014). Deux autres dans le cadre des journées « Scène des chercheurs » (Raphaèle Fleury, Julie Sermon dir.) :
1) « Marionnettes et censures : interdictions, prescriptions, formatages ? » (9 juin 2012, BnF). 2) ; « La
marionnette, instrument de propagande ? » (15 avril 2013, Musées Gadagne, Lyon). Consulter la présentation
et le programme de ces manifestations : <http://www.saisonsdelamarionnette.fr/actions/marionnette-etrecherche/>
3 M. Foucault, Histoire de la sexualité I, La volonté de savoir, Paris, TEL Gallimard, [1976] 1991, p. 123.
7 place Winston Churchill – 08000 Charleville-Mézières – France
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Nous proposons ci-dessous, à titre indicatif et non exhaustif, quelques questions qu’il nous
intéresserait tout particulièrement de voir traiter :

Axe 1. Les pouvoirs de la marionnette
De par ses propriétés physiques et ontologiques, il semble que la marionnette ait une propension à
s’offrir comme instrument privilégié de levée des résistances, de contournement voire
d’affrontement des tabous et des traumatismes, individuels ou collectifs. À partir de ce constat
général, on questionnera l’efficacité de la marionnette selon les techniques et esthétiques mises en
jeu, les publics auxquels elle s’adresse, le cadre opérant dans lequel elle est sollicitée (rue ou
salons, scène clandestine ou théâtre d’Etat, meeting ou cabinet, spot publicitaire ou lieu de culte).
Par ailleurs, prenant acte du fait qu’en diverses circonstances, les autorités (politiques et/ou
religieuses) ont condamné ou restreint les formes et champs d’action de la marionnette, il sera
intéressant de s’interroger, de façon circonstanciée, sur les motifs qui ont pu faire apparaître telle
ou telle forme de marionnette comme particulièrement dangereuse ou dérangeante. À quels
pouvoirs de nuisance les associe-t-on alors ? Qu’est-ce qui explique (officieusement) ou légitime
(officiellement) le désir et l’exercice d’un tel contrôle ?
 Caricature, humour, merveilleux, cruauté… Quel arsenal pour la marionnette ?
 « Jouer », « montrer », « animer » ou « manipuler » ? Définitions de l’action du marionnettiste et
activité du spectateur (étude comparative dans divers horizons linguistiques).
 Usages éducatifs (scoutisme, éducation populaire, religieuse, pédagogies alternatives,
réseaux humanitaires) et thérapeutiques de la marionnette. Relations des marionnettistes
avec les institutions vouées à l’encadrement et l’accompagnement de l’enfance et de la
jeunesse.
 Usages militants, usages partisans, usages commerciaux de la marionnette.

Axe 2. La marionnette en contexte de crise
On tâchera d’analyser les jeux de censures, usages propagandistes et réactions de résistance dans
plusieurs contextes critiques, en prenant soin d’en dégager les effets sur les répertoires, les
esthétiques et les pratiques.
 Marionnettes en temps de guerre : marionnettes au front ou à l’arrière, marionnettes dans
les camps de travail ou de concentration.
 Marionnettes et révolutions (Française ou Bolchévique, Printemps Arabes etc.)
 Marionnettes et occupation, colonisation, post-colonialisme. Personnages populaires,
patriotisme et nationalisme ; représentations de l’autre.
 Marionnettes en temps de crise économique. Matériaux pauvres, récup’, recyclage :
résistance ou symptôme ?
 Marionnettes (géantes, habitées, portées, brandies…) dans les formes de manifestation ou
de contestation populaires. À quelles occasions, dans quels espaces et comment
s’approprie-t-on ces codes et joue-t-on de ces usages plus ou moins rituels ?

Axe 3. Militance et autorégulation : histoire et actualité de la construction politique et
économique d’une profession
Les arts de la marionnette continuent, au même titre que d’autres formes dites « mineures »,
« populaires », « autres », d’être l’objet d’une forme de censure économique et symbolique : ils
bénéficient d’une moindre reconnaissance, de moins de lieux et de moins de financements que le
théâtre d’acteurs. Ce constat demande toutefois d’être remis en perspective dans un contexte
socio-professionnel, statistique et économique plus large.
Tout au long du XXe siècle, les marionnettistes se sont organisés, à l’échelle nationale (associations
et syndicats) et internationale (UNIMA) afin de lutter contre un état de fait dominant – assimilation
du théâtre de marionnettes à une forme mineure et/ou enfantine – et d’accéder à une
reconnaissance symbolique, juridique et économique.
Il s’agirait alors de questionner les discours déployés et les moyens mis en oeuvre par les
marionnettistes pour défendre, propager et imposer leurs idéaux et revendications, mais aussi
d’analyser le fonctionnement des structures et politiques mises en place, ainsi que les jeux de
censure, autocensure, tensions et résistances qui les travaillent aujourd’hui.
 Histoire de la politique interne et externe de l’Union internationale de la marionnette ;
 Géographie, sociologie, économie, politique des relations entre compagnies et instances de
programmation et de diffusion (étude comparative entre différents pays).
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Tél. +33 (0)3 24 33 72 50 – Fax +33 (0)3 24 33 72 69
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 Histoire de l’organisation nationale des professionnels (étude comparative entre différents
pays).
 Évolution de la relation entre le monde des amateurs et celui des professionnels, cas
d’étude (le TJP à Strasbourg par exemple.)
 L’engagement à travers l’action culturelle : une mise en péril du statut de l’artiste ?
Pour explorer ces questions, les contributions pourront s’appuyer sur l’exploration de
fonds d’archives encore peu exploités :
 Enquêtes ethnographiques effectuées auprès des marionnettistes par le Musée National des
Arts et Traditions Populaires (CCR du MuCEM) ;
 Suppliques adressées aux municipalités ;
 Archives de la famille Neichthauser (Lyon et Brindas) ;
 Répertoires censurés (Archives nationales, musées etc.) ;
 Archives de l’Outre-Mer ;
 Archives et publications des syndicats de l’industrie et du chemin de fer, des associations,
patronages, mouvements scouts ;
 Les archives des structures professionnelles en France et à l’étranger (Union des montreurs
de marionnettes, Centre national de la marionnette, THEMAA, Puppeteers of America etc.)
 Les archives de l’UNIMA internationale et de ses centres nationaux (partiellement
numérisées et accessibles sur le Portail des Arts de la Marionnette)
Les propositions de communication ou de poster (environ 1 page), en français ou en
anglais, accompagnées d’une courte notice biobibliographique, sont à adresser avant le
1er mars 2014 aux deux organisatrices du colloque :
– Julie SERMON, julie.sermon@univ-lyon2.fr
– Raphaèle FLEURY, recherche.institut@marionnette.com
Comité scientifique : Hélène Beauchamp (Université Toulouse-Le Mirail) ; John Bell (Ballard
Institute, Université du Connecticut) ; Amos Fergombé (Université d’Artois) ; Raphaèle Fleury
(Institut International de la Marionnette) ; Garry Friedman (Puppetry News – Gary Friedman
production) ; Joël Huthwohl (Bibliothèque nationale de France) ; François Lazaro (Clastic Théâtre ;
THEMAA) ; Chantal Meyer-Plantureux (Université de Caen) ; Olivier Neveux (Université Lumière-
Lyon 2) ; Didier Plassard (Université Paul Valéry-Montpellier 3) ; Julie Sermon (Université Lumière-
Lyon 2) ; Jean-Claude Yon (Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines).
Colloque organisé par l’Institut international de la marionnette / Ecole nationale supérieure des
arts de la marionnette de Charleville-Mézières, avec le soutien de l’EA Passages XX-XXI (Université
Lumière-Lyon 2), et Textes et Cultures EA 4028 – Praxis et esthétique des arts (Université
d’Artois), en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France, le musée des marionnettes du
monde (Gadagne musées) et THEMAA.