Paarlauf – Pas de deux. Catalogue


Catalogue de l’exposition Paarlauf / Pas de deux Les relations franco-allemande dans le dessin de presse, par Walther Fekl, Berlin, Schaltzeit Verlag, 2012, 190 p ( disponible au Goethe-Institut de Paris 17 avenue d’Iéna, 75116 Paris)

Nous nous sommes déjà fait l’écho sur ce site de plusieurs publications consacrées par le Schaltzeit-Verlag à différents dessinateurs. Sous la houlette de Walther Fekl, grand spécialiste des relations franco-allemandes dans la caricature, cette jeune maison d’édition propose le catalogue de l’exposition parrainée  par Plantu et Klaus Stuttmann Paarlauf – Die deutsch-französischen Beziehungne in der politischen Karikatur / Pas de deux – Les relations franco-allemandes dans le dessin de presse.

Ce superbe ouvrage, qui comporte des illustrations en noir et en couleur d’excellente qualité, ne peut que susciter l’intérêt de toute personne qui s’intéresse peu ou prou aux relations franco-allemandes, et tout particulièrement aux différents couples de chancelier /lière-président qui ont jalonné l’histoire des cinquante dernières années depuis la signature du Traité de l’Elysée.  Comme il est souligné dans l’introduction, le message critique délivré par maint dessinateur ne peut que rappeler aux deux peuples qu’ils ne peuvent se reposer sur les lauriers du rapprochement entrepris notamment par de Gaulle et Adenauer, que  l’ère de la réconciliation et de la coopération , qui a fait suite à plusieurs siècles de grande tension et paraît aujourd’hui si naturelle, demande à être sans cesse redéfinie.

L’ouvrage se compose de deux parties bien distinctes, la première, thématique,  étant intitulée  « Komisches Paar- Dröle de couple », la seconde « Komische Aussichten – Drôles  de perspectivez ». Dans cette seconde partie, les éditeurs et les concepteurs de l’exposition se sont délibérément tournés vers l’avenir en laissant s’exprimer 25 jeunes dessinateurs dont quatre ont reçu un prix. Plusieurs des dessins présentés par ces jeunes artistes séduisent le lecteur par leur qualité graphique et esthétique et l’ingéniosité des motifs iconiques : ainsi Nicolas Verdeil , l’un des lauréats, nous propose-t-il  un couple de dos formé d’un Français moyen coiffé d’un béret basque et dune Gretchen qui se singularise par ses nattes : ce couple est drapé d’un pull commun (Europe) qui les gratte… Ainsi, Oliver Ottisch, autre lauréat, représente-t-il le couple franco-allemand sous les traits d’un parachutiste à deux têtes dont le parachute se compose des drapeaux français et allemand. On ne peut que féliciter les instigateurs de ce concours qui permet (et oblige) de jeunes talents à se confronter à un thème essentiel de notre vie politique actuelle.

Pour la première partie, la plus importante, les auteurs ont renoncé à toute présentation chronologique, privilégiant une répartition de leur corpus en fonction des procédés ou des motifs graphiques utilisés . Les titres des différents chapitres « Je t’aime – moi non plus ? », « Grand et petit », « L’habit fait le moine », « On s’embrasse – ou quoi ? », « Et pourtant ça tourne ! », « Relations sonnantes et trébuchantes », « Le coq et l’aigle », « LEurope, l’Europe, l’Europe », « Feu », « Un pays s’emmure/ Un pays sans mur » et « Qui mène la danse ? » rendent bien compte de la très grande variété de l’arsenal graphique  des dessinateurs et des thèmes qu’ils évoquent prioritairement. Il est impossible dans le cadre de cette recension de commentere la diversité des trouvailles graphiques des cinquante dessinateurs, la plupart fort connus (ainsi Cabu, Faizant, Plantu, Hachfeld, Haitzinger, Stuttmann), vivant en Allemagne et en France, qui sont représentés dans ce volume. L’amateur de satire visuelle  découvre un très grand nombre de dessins dont beaucoup, aujourd’hui oubliés, méritent d’être redécouverts. L’un des chapitres « Grand et petit », qui comporte de nombreuses caricatures récentes, met bien en relief le déséquilibre croissant entre les deux pays depuis quelques années : Klaus Stuttman caricature en 2011 Angela Merkel en femme imposante, assise sur son canapé, caressant avec amour son petit chien tenu en laisse, Nicolas Sarkozy. Cardon reprend le même motif en 2012 en le modifiant légèrement : une femme de grande taille, dont on ne voit pas tête, intime l’ordre à un nain (Nicolas Sarkozy) de prendre place sur le strapontin qu’elle a installé près de son fauteuil…  L’histoire s’inversera-t-elle  à nouveau dans quelques années, dans quelques décennies ? Peut-être Walther Fekl aura-t-il la bonne idée de présenter l’évolution de ces relations dans la caricature à nouveau dans une dizaine d’années.

Bilan : un livre à commander et feuilleter d’urgence pour la qualité documentaire et artistique des dessins reproduits qui soulignent avec à-propos les petits conflits, les scènes de ménage du couple franco-allemand, dont aucun dessinateur n’annonce le divorce…

JCG